LE DEJJ : UN ESPRIT COMMUNAUTAIRE TOURNÉ VERS LES AUTRES
Je suis arrivé au 19 boulevard Poissonnière par hasard, pour voir. Mon cousin m’avait recommandé de m’y rendre car nous avions tous les deux quitté le DROR, un mouvement haloustique qui exigeait à l’époque que nous fassions notre « mahon ». C’est-à-dire de passer une année en Israël. Comme nous ne le souhaitions pas, il s’était rendu au Centre Communautaire, et m’avait dit que les activités étaient superbes.Edmond Elalouf m’a dirigé vers Mady et je me suis retrouvé alors au 3em étage, celui du DEJJ, face à Lynclair.
J’ai vite appris que ceux qui dirigeait le DEJJ s’appelaient par leurs totems plutôt que par leurs prénoms et que par moment ils divulguaient l’adjectif qui y était attaché Rikki (Fortunée Serfaty), Caméléon (Edmond Elalouf), Mammouth (Simon Busbib), Bélier (Haïm Benlolo), Otarie (André Darmon), Autruche (Salomon Abitbol), Lama (Charly Rosilio). … Ils m’ont convaincu, compte tenu de ma petite expérience de « madri’h » au sein du DROR, de poursuivre au sein de la JAC qui se développait à Paris avec Jacky Lachkar, et bien d’autres.
Une section de la JAC m’a vite été confiée, et j’y ai rencontré Nicole Oukrat qui était avec sa cousine Michelle Bensaïd et avec Dédé (André Rozen) nous avons vite été en phase pour animer les jeunes qui venaient à nous. Comme l’a si bien écrit Nicole dans son témoignage j’étais un des rares ashkénaze avec Jean Alain Steinfeld, Michel Kreplak, Max Guenine. Radu Alterescu lui, était un rare Roumain. J’y ai entrainé et retrouvé des camarades du lycée Turgot (Michel Herzlikowicz (Bar Tzvi), William Fried, …) Nous étions les whouz whouz, c’était notre totem commun.
Le DEJJ, c’est cette formation particulière qui entre en nous sans que nous le voulions mais qui ne nous quitte plus.
C’est un esprit communautaire, tourné vers les autres, vers ceux qui en ont besoin et qui dépasse les frontières du particularisme.
C’est l’apprentissage de la vie, du vivre ensemble en fraternité et d’accepter la diversité des origines, des cultures, des opinions.
Après le 19 Bd Poissonnière il m’a été confié de poursuivre des actions à Belleville.
Un nouveau local a été ouvert au métro Goncourt. Il s’agissait d’accueillir les jeunes du quartier le soir, de leur proposer des activités pour qu’ils ne traînent pas dans les rues, de les accompagner dans leur parcours scolaire, bref de les encadrer.
Puis un autre local a été ouvert rue Vieille du Temple et avec Yves Levy j’ai commencé les activités. J’ai ensuite poursuivi en ouvrant un centre du DEJJ à La Varenne.
Entre temps, il m’a été demandé de suivre un stage de formation d’intendant des colonies de vacances pour satisfaire aux besoins de l’autorité de tutelle qui supervisait les centres de vacances : il fallait un diplômé.
J’y ai rencontré Yona Linke pour me parfaire avec la cacherout, et je suis devenu l’aide d’Otarie pour les camps de Boltigen, de la Tour de Mare et ensuite de Bélier pour les camps en Corse (Folleli, San Pellegrino, Champlan, Ponte Nuevo).
A Boltigen, j’ai accompagné la famille du Rabbin Eisenberg dans leurs premières glisses. Apprendre à un rabbin à tourner en chasse neige, ça ne s’oublie pas.
Au DEJJ, il était fréquent de rencontrer des personnes exceptionnelles comme Shimon Peres, lors du séminaire en Israël, Manitou, Armand Abecassis, Elie Wiesel, …
Leurs apports sont toujours en nous.
Comme ceux de Maurice Arama et Ralph Sultan pour la partie artistique ou de Lama (Charly Rosilio) qui nous enseignait ce qu’il avait acquis auprès du mime Marceau (de son vrai nom Marcel Mangel) et qui a inspiré le fameux moonwalk de Michael Jackson.
De nombreux dirigeants du DEJJ ont quitté la France pour Israël ou le Canada (Ralph Sultan, Simon Busbib, …) et une nouvelle équipe d’encadrant est arrivée (Dollar, Richard Cohen, les Raiders). Un point fort : le mariage de Liliane Dahdi et de Richard Cohen le jour de la finale de foot. Le mariage a été un temps suspendu pendant la rencontre. Il fallait le faire.
Comme bien d’autres (voir le témoignage de Max Guenine) je me suis marié avec une personne rencontrée pendant les activités. Le père de Chantal était de Sfax, sa mère de Lorraine. Chantal était déjà issue d’un mariage mixte. Elle encadrait les UC (Unités Communautaires) avec Rikki Serfaty et était l’assistante d’Otarie à la Tour de Mare avec Margalith, la fille d’Otarie devenue depuis Marseillaise. C’est Jacob Toledano qui a été notre Hazan pour notre mariage avec le Rabbin Daniel Gottlieb qui venait en tant que Rabbin, Aumônier des étudiants à Boltigen.
Les années DEJJ, c’est aussi des années de rencontres avec des Toulousains (Claude Laloum, Otarie, …) des Marseillais, des Lyonnais, des Niçois (un clin d’œil à IBM), … c’est dans ce bain que nous nous sommes tous formés, éduqués dans la tolérance le respect mutuel de nos différences.
Un grand merci aux initiateurs de cette saga et à Nicole Oukrat pour avoir conservé autant de photos sans oublier tous les témoignages qui nous rajeunissent et nous font prendre conscience du temps qui passe et de la richesse de notre parcours qui doit beaucoup à ce Département Educatif de la Jeunesse Juive.
Pour terminer sur une petite note personnelle : J’ai eu la chance de rencontrer Daniel Bacri (dit Kasoar fidèle), il était avec Manitou et Lynclair un des trois dirigeants du scoutisme en Afrique du Nord.
Ce trio de formateurs était hors normes, c’était les précurseurs du DEJJ. Ils sont les véritables fondateurs de l’esprit qui a prévalu ensuite au DEJJ.
Voici leurs photos quand ils étaient en Algérie.
Manitou tient dans ses bras sa fille, à sa gauche Lynclair et Daniel Bacri est le deuxième à droite.
Sur la deuxième photo : Manitou et Daniel Bacri
Sur la troisième photo le rassemblement à Alger.
Bacri avait été mis au ban des EIF après la visite d’un délégué des EIF envoyé en Algérie, car les enfants n’avaient pas la tenue vestimentaire obligatoire (chemise, foulard, bermuda, …). Daniel Bacri a expliqué qu’ils n’avaient même pas les moyens de se payer un foulard et que ce qui comptait c’était l’esprit, le fait de ne pas laisser les enfants trainer dans les rues de Bab el Oued, de les éduquer, les former etc.…
Bref, tout ce qui a été à la fondation du DEJJ.
Un grand merci à ces Grands Anciens : Manitou, Kasoar et Lynclair.
Nous n’avons été que des continuateurs et n’avons fait que rajouter quelques pierres à leur édifice.
Jacques ROZEN
DEJJ PARIS